De l'expression artistique à la thérapie

Mis à jour : il y a 5 jours

L’utilisation moderne de l’expression artistique dans un contexte thérapeutique date du début des années 1900. C’est en premier lieu les professionnels de la psychiatrie qui ont porté leur intérêt sur la question du lien entre la production réalisée par le patient et sa souffrance.

Parmi les plus connus du grand public Freud, Carl G.Jung, et plus tard Françoise Dolto, démontreront qu’il existe un lien direct entre les productions de leurs patients et leur autobiographie.

L’utilisation d’une médiation artistique est adaptée et vient en support aux personnes ayant des difficultés à verbaliser. Elle est proposée dans les hôpitaux, les EHPAD[1], IME[2] ou en cabinet libéral et se révèle être un tiers puissant dans un travail thérapeutique. Parmi les médiations utilisées, le modelage, la peinture, la musique , la danse et l'écriture trouvent une large place dans les protocoles d'accompagnement.

Le Corps Sait

Une expression inachevée

La démarche artistique, dans l’intimité d’un cabinet thérapeutique, ne s’inscrit pas dans la reproduction du réel mais permet de donner une forme personnelle à des maux de la personne à défaut de les dire avec des mots. Un langage émotionnel et symbolique prend forme et donne à entendre une expression « muette » chargée de sens. Ce langage précède la conscience et prend forme dans la spontanéité d’une émotion. Elle offre l’expression sourde de ce qui n’est pas dit parce que trop douloureux ou trop complexe lorsque les mots peinent à émerger. Ce langage symbolique est l’émergence d’une expression pré-pensée, un chuchotement intérieur, pudique au contenu principalement pressenti. En ce sens, l’œuvre limitée à elle-même dans un contexte thérapeutique est le témoignage d’une incomplétude, car non verbalisée et élaborée. C'est avec cette production artistique qu'il sera possible de cheminer vers une mise en mots et de parler de ce qui est "tue". Elle est un tiers entre celui qui s’exprime et celui qui porte son attention sur l’œuvre produite.A défaut, elle restera « lettre morte » et son contenu se limitera entre soi et soi-même au risque de la répétition.


Un chemin vers le verbe

Le sujet à l’écoute de son monde organique sent lorsque sa production s'exprime à lui, tant elle est puissante et criante, d’une vérité qui le bouleverse. Sa production devient le révélateur de ses souffrances et de ses blocages. Son univers ainsi exprimé donne accès à l’exploration de ce qui vient le troubler. Le regard sensible porté par le duo thérapisant/thérapeute, sur la production permet d’avancer vers la transformation du « symbolique muet » au « symbolique verbalisé ». Tel un rêve, l'œuvre produite en non conscience est support de sens qu'il est possible de saisir avec le soutien du thérapeute.

Avec l’expression de son "Je" chaque pièce prend, peu à peu, sa place tel un puzzle. Il prend corps. Bien que les œuvres produites soient des symbolisations subjectives de l’histoire du sujet avec un ressenti propre à un instant précis, les mots posés permettront d’apporter une symbolisation complémentaire par les images que véhiculent les mots.

Ainsi, de la production originelle guidée par un ressenti puisé dans inconscient nait une symbolisation verbale. Le chemin parcouru est un cadeau que le thérapisant s'offre pour panser ses maux.  C’est dans cette unité récréée avec la symbolisation non verbale et verbale que le thérapisant s’enrichit d’une expression supplémentaire pour mieux s’entendre.



Elisabeth Lenkey

Avril 2020

[1] Etablissement Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes [2] Institut Médico Educatif